J’ai eu l’impression de mourir la nuit dernière. Non, ce n’était pas cela. Je me trompe. J’ai eu l’impression de perdre quelqu’un, comme un deuil tout récent, la première nuit sans l’Autre. Un divorce. Une séparation. Un gros chagrin d’amour, quoi. Un sentiment de vide, une boule dans la gorge, et une irrésistible envie de chialer comme un môme. Et puis les réminiscences : un baiser, un sourire, un corps tout chaud, une voix de fille qui me susurre à l’oreille « Je suis bien dans tes bras ».
Pas facile de penser à ce présent qui n’en finissait pas de s’improviser, à ces quinze jours un peu fous.
Pas facile de se résigner à devoir s’en souvenir au passé.
Quinze jours : j’ai eu le temps de te rencontrer, de partager le verre de l’ « amitié » naissante, de dormir sur ton épaule, de t’appeler en cachette, de ne plus en pouvoir de ne pas te revoir. Te revoir, boire.
Faire l’amour.
Mon dieu, ce souvenir là , je crois bien qu’il s’est inscrit dans mon corps plus encore que dans mes pensées.
Pas facile de se dire que cela doit être l’histoire d’une nuit, juste d’une seule.
Quinze jours. On s’est battu, on s’est embrassé, on s’est engueulé. Tu as eu le temps d’être odieuse, j’ai eu le temps d’être indélicat. Et jaloux. On eu le temps de se faire du bien et de se faire – un peu – de mal. Le pire, c’est que même ça, j’ai aimé.
Quinze jours, et j’ai l’impression que j’ai toujours vécu avec toi. Je suis entré dans ta vie comme un vagabond sans que tu saches rien de la mienne, ou plutôt en ne sachant que ce que tu n’aurais pas dû savoir, juste assez pour que tout cela soit impossible.
Quinze jours, et j’ai l’impression que c’est une seule nuit. Celle qu’il ne fallait pas. Non, pas de regrets, les arbres ne ramassent pas leurs feuilles. C’est comme ça, c’est la vie. Le destin, dans sa grande bienveillance, est parfois bien cruel, il lui arrive d’offrir l’amour en même temps que l’absolue défense d’y goûter.
Quinze jours. Cela fait 30 ans que je suis sur cette terre et j‘ai le sentiment de t’avoir longuement cherché, me rapprochant à travers chaque fille un plus de toi. Je t’imaginais en rêve, sans vraiment savoir qu’elle visage tu aurais, je te faisais vivre dans mes histoires, mes scénarios, comme un gosse qui comble l’ennui en s’inventant des récits fabuleux.
Et puis j’ai abandonné ma recherche : tu n’existais pas. Alors, je m’étais persuadé que l’Amour Fou n’existait pas et cela me permis de vivre tout ce temps sans se connaître. Tout allait pour le mieux, même si la faille ne demandait qu’à s’ouvrir, un jour, sur Internet… quelques lignes étranges sur une société secrète féministe, et puis un rendez-vous mystérieux dans le 9ème arrondissement de Paris. Fatal.
Et là , je te vois, une nuit, à l’autre bout d’un comptoir, la tête penchée, levant ton verre pour m’inviter à trinquer, m’ayant reconnu entre cents autres.
Des mois plus tard plus tard, on trinque encore, semble-t-il.
Et le bar va fermer.
Pas facile de vivre un vieux rêve abandonné. Mais que devais-je faire ? Est-ce que j’allais encore lui tourner le dos ? L’excès d
217;une nuit ne dev
ait pas forcément m’amener à rencontrer celle que je cherchais depuis si longtemps, surtout à cette heure là , si loin de chez moi.
Quelle force invisible peut bien se cacher derrière tout ça ? Est-ce qu’elle est dans ma tête ? Mes failles sont-elles si béantes pour que je m’y engouffre avec si peu de résistance ? Non, ce serait oublier l’essentiel : tu es si belle, j’aime voir mon reflet dans tes yeux, même si mon visage en cet instant est celui d’un garçon un peu perdu, infidèle et indécis, et un peu salaud, finalement. Heureusement, ce miroir dans lequel j’ai envie de me perdre m’offre résistance ; heureusement, tu sais griffer et tu as décidé de me tenir à distance pour ne pas te brûler. C’est la meilleure chose à faire. L’effet pervers, bien entendu, c’est que cela attise ma passion. On ne désire jamais plus que ce qui nous échappe. Et je me sens bien seul avec mon désir, à présent.
Ca ne sera pas facile pour moi de savoir si je me suis enflammé pour une rencontre éphémère, une illusion tout droit sortie de mon imagination pour mieux combler mes frustrations, ou si je suis tombé amoureux de la fille que j’avais si longtemps cherchée avant d’abandonner. Mais au fond de moi, je sais.
Mais tout cela, c’est mon histoire. Toi, tu as la liberté de vivre celle que tu décides. Moi, là , maintenant, je ne peux pas. Et ce n’est pas facile.
Quoiqu’il en soit, je te le redis une fois, pour ne pas laisser ces mots prononcés dans l’excès, emprunts des vapeurs d’alcool dans lesquels je les ai prononcés, et parce que ces mots me font mal tant la situation les rend vains :
Je t’aime comme j’avais cru ne jamais plus pouvoir aimer.
Tu es une fille magnifique.
Mon réconfort aura été de savoir qu’une fille comme toi ait pu m’aimer un tout petit peu.
Prend soin de toi. Et continue de m’écrire par dans tes déambulations noctambules, continue de faire de moi un personnage imaginaire, cela me donne l’impression d’exister…
Bises.
Aloïs VALSPERDUR


7 commentaires
Quelques règles pour un détournement -en l’occurence d’un site de libr’ex mais qu’importe- réussi et talentueux : 2-3 personnages réels ou pas, 2-3 histoires réelles ou pas, des identités distinctes ou partagées, des indices laissés dans chaque texte… et surtout de l’intelligence, du sentiment, et même de l’érotisme histoire de napalmiser l’attention des lecteurs…
Félicitations à vous : 3, 2, 1 ?
Ca devient lourd ce détournement.Mais où vont s’arrêter les affabulateurs d’athis-mons?
ben, moi, c’est encore plus simple, j’ai rien compris.
Le texte est magnifique. C’est quoi, cette histoire de détournement?
puis-je comprendre, et peut être avec moi, d’autres
merci
C’est l’équipée (ou un gros mytho) d’attégia et compagnie qui a encore frappé. De drôle(s) de petit(s) gars qui inventent une espèce de mythologie se passant à athis mons, à la manière de Lovecraft et son soi disant nécromicon.
Il(s) utilise(nt) internet comme terrain de jeux. Actuellement il(s) sont bien incrustés dans Libragora.
Ca va le(s) gars? Vous êtes à l’aise? Faites comme chez vous, car vous êtes chez vous:-D
[ Edité par rialto activé 2/7/2003 20:29 ]
Va faire un tour dans les forums « tribunes libres » : « les secrets d’Attegia enfin révélés ! » : ça n’éclaircit rien mais ça donne des éléments pour se faire une idée.
Comme je l’écrivais dans un forum, après quelques recherches, beaucoup d’informations contenues dans certains textes d’Attegia sont vrais, exceptée l’existence même d’Attegia ! Voici ce que j’en déduis (ceci est MA thèse et elle ne concerne que moi) :
Un groupe de personnes, pas forcément très important, écris des textes s’appuyant sur des faits réels sous formes d’articles, de nouvelles, de thèses, puis les publient dans différents forums de discussions sur le net.
-ces personnes peuvent avoir pour but :
-de désinformer et de manipuler à des fins inavouées ; je ne le crois pas car nombre de textes sont si farfelus qu’ils sont d’évidences destinés à faire comprendre que tout cela n’est pas bien sérieux.
-de démontrer que le réel est manipulable à souhait et que le délire furieux et mensonger peut, sous la plume de quelques uns, se travestir avec les habits de la Vérité.
Je pense que tout cela est un jeu ; je pense aussi que le mode de diffusion de ce jeu est maladroit, ce qui contraste avec la qualité des textes. J’en tire comme conclusion que ce ne sont pas forcément les auteurs de ces textes qui les ont fait atterrir sur Libragora. Je pense qu’il existe un canevas original des textes d’Attegia dans lequel chacun est invité à puiser quelques fragments pour les essaimer ça et là sur le web. Ce que nous avons eu sous les yeux est doute quelques gouttes de textes butiné par un ou une ou des internautes solitaires désireux de partager leur butin. Nos commentaires, et donc celui que je suis en train d’écrire, participe à donner chair à une abstraction basée sur l’expression libre de chacun. Ceux qui objectent que Libragora n’est peut-être pas le lieu de cette expression, je pensent qu’ils ouvrent le débat que les auteurs d’Attegia ont posé : peut-on user de son droit d’expression, sur le net tout particulièrement, pour présenter comme vraies des choses fausses ? Qui a autorité et compétences pour décider ce qui est vrai ou faux ? etc. etc.
au fait, ils sont devenus quoi?