Quelle drôle d’idée que de l’avoir invitée à visiter une église. Alors que manifestement c’est bien un lieu mort qui n’intéresse personne, ni elle, ni moi-même. C’est à peine si ma génération comprend encore un mythe ou deux de cette secte rabougrie qui aura régné tous ces siècles sur le monde Occidental. Ce ne sont plus ni des lieux de culte, ni des lieux culturels. Renaîtront-ils sous une autre forme à l’endroit où jadis, ça vivait ?
J’ai invité C. à l’église, pour de basses raisons personnelles : la température y est plus froide, la lumière tamisée, le silence règne : mon monde en somme. Et c’est un lieu neutre malgré ça, et anciennement sacré ; je veux dire : dépassé. Ca facilite toujours le rapprochement, devoir chuchoter. On y partage une certaine forme d’intimité, de complicité, entre deux athés qui s’éprouvent vite intrus dans un lieu aussi impressionnant esthétiquement parlant. Un peu comme les deux pourchassés chez de Chateaubriand, qui, dans une Amérique d’orages, de serpents et de populations végétales voraces, s’abritent sous des branchages pour se rapprocher à s’unir. Hum, si elle venait, penser à éviter cette analogie tout de même. Et puis, François-René est has been. Un peu comme Jean-Jacques : ma génération qui leur doit tant les vouent aux gémonies.
20 h 02
Cette nouvelle Aube tourne au crépuscule. Dans la nuit, rentre à reculons le matin. C’est moins un Eternel Retour qu’un mouvement de balancier. Cette soirée est mâtinée, retournée : à nouveau je méconnais : les visages ont retrouvés leur brume originelle, leur ombre ancestrale. A mes doigts fripés répondent mes cernes béants. A nouveau je décélère, je rapetisse, et mon langage recule jusqu’au phonème imprononcé. C’est une fois seul que je redeviens xénophobe. Qu’à la cruauté de mes cris – enfant barbare – répond celle de mon mépris – vieillard pourri.
La condition du mouvement, en croisière de détente, est aussitôt tordue et perdue, qu’à vouloir se l’accaparer, la voie où elle se montre utile devient un défi.
Tout bouge dans la vie et l’univers, tout bouge et aussi à l’intérieur des choses, bougent les nécessités de bouger, rythmes et déambulements sont en notre aller comme un rail de synchronisée exactitude, même ce qui ne bouge pas a l’air de se mouvoir de façon statique, et en restant suspendu dans un irréfrénable non mouvement fait souffler le toqué de l’impatience.
La première fois que je m’en suis rendu compte, il venait de se passer quelque chose dans la vie d’un ami.
J’ai alors eu une réaction bizarre. Je n’avais jamais vraiment écrit sur une feuille vierge ce qui me traversait l’esprit, improviser avec une telle folie, et pourtant, j’avais l’impression d’avoir travaillé sur ces mots. Jour et nuit.
Qui s’envole….
Salut. Cela fait longtemps que j’imaginais de t’écrire, car tu dépenses mes heures, et en retour je n’obtiens que des enveloppes sans adresse. Je me souviens encore de tes dernières paroles, écrites sur un papier à goûter sur un banc public, tu me décrivais en tous détails tes amours lointaines depuis que les prix des vols ont chuté, cela vers ta quarantaine. Tu aimais voyager et en devoir remercier la crise du 11 septembre semblait très dégueulasse, mais bon enfin faut bien profiter, tu écrivais et tu te perdais sur tes lignes en me rappelant mes devoirs de bonne copine, de camarade de folie meurtrière, de lettres anonymes puisque jamais reconnues, comme de mots ni salés ni doux.
Papa,
Je t’écris pour te présenter mes plus amères condoléances. Si tu arrives au bout de cette lettre, tu comprendras sans doute que mon amertume est justifiée et qu’elle n’est pas prête de s’estomper. Elle est partie trop vite, trop brutalement, et avec elle les derniers espoirs que j’avais de lui brandir l’existence que je me suis construit malgré elle. Elle n’a pas souffert, et étrangement, je n’en tire aucune frustration. Quoiqu’il en soit, je pense à toi aujourd’hui, et je te plains.
Des rêves tout le monde en fait, parfois des bons, parfois des mauvais…
On espère que les bons se réaliseront ! Quant aux mauvais nous les fuirons en espérant qu’ils ne puissent jamais se réaliser !
Des bénéfices secondaires ! Alphonse Lévi déclare, d’une voix de ministre officiel «vous n’êtes pas malade ! ». Il paraîtrait même que je l’ai jamais été, malade. Mais qu’en revanche, j’avais tout intérêt à être «malade ». Voilà ce qu’il pense, Alphonse. Que ces intérêts que j’ai, ils sont pas placés en bourse, c’est toute ma maladie et que ça s’appelle des bénéfices secondaires.
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11 août 07
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Publié dans A coté
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Tout le monde part un jour…
Il est difficile d’apprendre que tu risques de partir à jamais…
Il est difficile de devoir te dire au revoir…
Il est difficile de se dire qu’on ne pourra plus te voir…
Calvin maîtrise mal le système de l’être