Aujourd’hui, il a grêlé. Un interstice de pluie parmi l’hiver. Maintenant, le vent glacé se cogne fortement contre les fenêtres. Peut-être ce soir, elles se seront brisées.
Je suis assis dans ma chambre devant mon pupitre, je regarde par la fenêtre au dehors. Là , en ce moment, tout me semble violent, ça se déchaîne, ce qui ne me donne pas le goût de sortir puisque, chez-moi, il fait chaud et tout y est resté calme. Au dehors, le ciel s’est violacé dans la tempête, et les nuages se sont tous pelotonnés pour obscurcir le jour. Le sol, recouvert de la pluie froide qui miroite, givre.
Je pense au calme de l’intérieur de ma chambre qui me permet d’observer ce spectacle climatique en force. Une seule angoisse «espérons que les fenêtres sauront résister». Je la tais pour une niaiserie. Je n’écoute plus que le rugissement du vent. Il me vient à l’idée que ce climat est plus vrai que le dedans de ma chambre, si faussement vitré sur les frontières extérieures. Et pourtant, ici, je déploie une certaine quantité de ma personne. À contempler, j’ai cessé de voir que le bloc de charpente qu’est ma chambre résiste encore aux déluges climatiques et que je suis coupé du vent. Ma nature intérieure, incarnée en rayonnement sur les murs de ma chambre, m’accompagne dans le sentiment de ma protection. Ma chambre m’intimise en grande protectrice.
Il a grêlé aujourd’hui, mais cette averse est demeurée au dehors et ne m’a ni détrempée ni glacée les os. C’est la force de l’hiver entravée par celle de ma fenêtre.
Enfant, lorsqu’on nous emmenait, moi et mes camarades de classe, en promenade dans des parcs fauniques, on regardait les animaux de la faune protégés par les fenêtres de l’autobus. Ce souvenir rapproché à ma coïncidence d’aujourd’hui, où d’être juché sur la tempête me laisse maintenant voir par l’intuition que ces fenêtres protectrices m’accompagnent sur mes pas et me laissent découvrir en spectacle ce qui autrement me tiendrait en proie. Je vois alors en un seul tableau, à la découverte intérieure de la cité du réel, cette société humaine ou architectonie de la ruche.
Je regarde toujours par la fenêtre, ma tasse de café s’est vidé et je suis soudainement réveillé de mes pensées par mon voisin d’en haut dont je viens d’entendre les pieds bruir sur mon plafond.
Alors, dis-je, quel était ce récit que je voulais écrire et qui racontait l’histoire de ces quelques silhouettes vêtues, ce me semble, de chapeaux et de manteaux, silhouettes prises en tempête de l’autre côté de ma fenêtre.
Mots-clefs :pensée, solitude
5 commentaires
Bon, je fais un nouvel essai… Maintenant, j'ai lu le texte et je n'ai aucun avis.
D'ailleurs ne dit-on pas que l'impertinence ne saurait constituter un avis sous aucun prétexte,
Il est pourtant pertinent, en certaines occasions, de n'avoir aucun avis… Ce qui ne veux pas dire que je n'apprécie pas ton texte, bien au contraire. Aurais-je dû dire : "je n'ai rien à ajouter" ?
Oui c'est recevable de ne pas avoir d'avis. Cependant, c'est le contexte qui détermine la signification de l'absence d'avis et si ce devait être une boîte à avis, mettre un avis qui est de ne pas en avoir peut ainsi dans ce contexte sembler être une réaction hargneuse. À quoi j'ai cru bon d'évoquer l'impertinence d'une telle intention.
Dans tous les cas si ton intention n'était pas celle que j'ai illustré à l'instant, bien sûr, je m'en excuse.
Pas de souci… C'est vrai que ma formulation était plutôt hasardeuse.
A+